Le défi des hallucinations dans les grands modèles de langage
L’adoption de l’intelligence artificielle générative en entreprise est freinée par un obstacle majeur : le risque d’hallucination. Ces erreurs, où un modèle de langage génère des informations plausibles mais factuellement incorrectes, compromettent la confiance et la fiabilité nécessaires à un usage professionnel. Pour surmonter ce défi, il est impératif de concevoir une architecture où l’IA ne se contente pas de générer du texte, mais est capable de justifier ses réponses. La solution réside dans la construction d’une IA qui peut vérifier ses sources, transformant un « créateur » de contenu en un « synthétiseur » d’informations fiables.
Définition et origines des erreurs de génération
Une hallucination d’IA se définit comme une réponse générée par un grand modèle de langage (large language model ou LLM) qui semble cohérente et grammaticalement correcte, mais qui est factuellement fausse, contradictoire ou non fondée sur les données d’entraînement du modèle. Ce phénomène n’est pas un « bug » au sens classique, mais une conséquence directe de l’architecture probabiliste de ces systèmes. Un LLM est entraîné à prédire le mot suivant le plus probable dans une séquence, optimisant ainsi la fluidité et la vraisemblance linguistique plutôt que la vérité factuelle.
Cette approche, bien que puissante pour la génération de texte créatif, atteint ses limites dans des contextes professionnels où l’exactitude est non négociable. Le modèle ne « sait » pas ce qui est vrai ; il sait ce qui « sonne » vrai en se basant sur les milliards de phrases qu’il a analysées. Le problème de la véracité dans les grands modèles de langage, comme le soulignent des travaux de recherche du MIT, est donc fondamental. Sans connexion à une source de vérité externe et vérifiable, un LLM standard opère en vase clos, augmentant le risque de produire des hallucinations d’IA potentiellement dommageables.
Impacts opérationnels et stratégiques de l’information non fiable
L’intégration d’une IA générant des informations non fiables expose l’entreprise à des risques significatifs sur plusieurs plans. Ces impacts ne sont pas seulement théoriques ; ils peuvent affecter directement la performance, la réputation et la conformité de l’organisation. Pour les entreprises, la quête d’une information fiable est donc un impératif stratégique.
Les principaux risques associés aux hallucinations des LLM incluent :
- Prise de décision erronée : Des rapports de marché basés sur des chiffres inventés, des synthèses juridiques citant des clauses inexistantes ou des analyses techniques fondées sur des données obsolètes peuvent conduire à des décisions stratégiques désastreuses, entraînant des pertes financières ou des opportunités manquées.
- Atteinte à la réputation de la marque : La publication de contenu marketing contenant des affirmations fausses, ou la diffusion d’informations incorrectes via un chatbot client, peut rapidement éroder la confiance des clients et du public, endommageant durablement l’image de l’entreprise.
- Risques juridiques et de conformité : Dans des secteurs réglementés comme la finance ou la santé, fournir une information erronée peut constituer une violation des obligations légales. De même, des contrats générés automatiquement avec des clauses invalides peuvent créer des litiges coûteux.
- Perte de productivité interne : Lorsque les collaborateurs doivent systématiquement revérifier chaque information produite par une IA, les gains de productivité escomptés s’annulent. La méfiance s’installe, et l’outil, au lieu d’être un accélérateur, devient un fardeau.
Face à ces enjeux, la construction d’une IA qui peut vérifier ses sources n’est plus une option, mais une condition sine qua non à son déploiement en production. C’est pourquoi des approches comme celle d’Algos insistent sur la « pertinence factuelle absolue » comme pilier fondamental, garantissant que chaque réponse de l’IA est non seulement plausible, mais surtout prouvable.
Le principe d’une IA connectée à des sources de confiance

Pour contrer le phénomène des hallucinations, il est nécessaire de changer de paradigme : passer d’un modèle qui « invente » à partir de sa mémoire interne à un système qui « raisonne » à partir de documents de confiance. Cette approche s’incarne dans une architecture spécifique, le RAG (Retrieval-Augmented Generation), qui ancre chaque réponse de l’IA dans une base de connaissances contrôlée et vérifiable.
Le modèle RAG (Retrieval-Augmented Generation) comme solution
Le RAG, ou Génération Augmentée par Récupération, est une architecture qui combine la puissance d’un grand modèle de langage avec un moteur de recherche d’informations. Comme l’indique une étude de référence sur le RAG publiée sur arXiv, cette technique améliore significativement la factualité des réponses. Le mécanisme, à un haut niveau, se déroule en plusieurs étapes claires :
- Réception de la requête : L’utilisateur soumet une question au système.
- Phase de récupération (Retrieval) : Au lieu de transmettre directement la question au LLM, le système l’utilise d’abord comme une requête pour interroger une base de connaissances privée et contrôlée (par exemple, la documentation interne de l’entreprise, des rapports, des contrats, etc.).
- Extraction des documents pertinents : Le moteur de recherche identifie et extrait les extraits de texte les plus pertinents pour répondre à la question. Ces extraits constituent le « contexte » factuel.
- Phase de génération (Generation) : La requête initiale de l’utilisateur et les extraits pertinents sont combinés en une seule instruction (un prompt) et envoyés au LLM.
- Synthèse et citation : Le LLM reçoit pour consigne de formuler une réponse en se basant uniquement sur les informations fournies dans le contexte, et de citer les sources d’où proviennent ces informations.
En pratique, le LLM ne fait plus appel à sa mémoire interne potentiellement obsolète ou erronée. Il agit comme un moteur de synthèse intelligent, transformant des données brutes et vérifiées en une réponse claire et directement exploitable. C’est le fondement d’une IA qui peut vérifier ses sources. Pour les entreprises, le déploiement de solutions de type Retrieval-Augmented Generation pour entreprise constitue la voie la plus robuste vers une IA fiable.
Les avantages d’une approche fondée sur la vérification des faits
L’adoption d’un modèle RAG d’entreprise offre des avantages décisifs par rapport à l’utilisation d’un LLM standard, notamment en matière de confiance, de contrôle et de pertinence. La comparaison entre les deux approches met en lumière la valeur ajoutée de la vérification des sources.
| Caractéristique | LLM Standard | LLM avec RAG |
|---|---|---|
| Source de connaissance | Données d’entraînement publiques et figées dans le temps | Base de connaissances privée, contrôlée et actualisable |
| Fiabilité des réponses | Risque élevé d’hallucinations et d’informations obsolètes | Réduction drastique des hallucinations, réponses factuelles |
| Traçabilité | Opaque ; impossible de savoir d’où vient l’information | Transparence totale grâce à la citation des sources |
| Personnalisation | Limitée à la connaissance générale du modèle | Hautement personnalisée aux données spécifiques de l’entreprise |
| Mise à jour | Nécessite un réentraînement complet du modèle (coûteux) | Simple mise à jour de la base de connaissances (rapide) |
Le bénéfice le plus fondamental est la traçabilité des réponses de l’IA. Chaque affirmation peut être rattachée à un document, une page, voire un paragraphe précis. Cette transparence transforme radicalement la manière dont les utilisateurs interagissent avec l’IA : ils ne sont plus obligés de « croire » le système sur parole, mais peuvent « vérifier » par eux-mêmes, instaurant ainsi un cercle vertueux de confiance.
Architecture de référence pour une IA qui peut vérifier ses sources

Pour mettre en œuvre une IA qui peut vérifier ses sources, il est nécessaire de déployer une architecture technique spécifique. Celle-ci repose sur l’interaction de plusieurs composants clés qui assurent la récupération pertinente de l’information (le « Retrieval ») et sa synthèse intelligente (la « Generation »). Une plateforme d’orchestration IA est souvent utilisée pour gérer ces interactions complexes.
Composants clés : base de connaissances vectorielle et moteur de recherche
La capacité d’une IA à retrouver rapidement l’information la plus pertinente au sein de vastes corpus documentaires repose sur une technologie appelée la recherche sémantique, rendue possible par les bases de données vectorielles. Ce processus se décompose en plusieurs briques technologiques.
- Base de connaissances : C’est le corpus de documents de confiance sur lequel l’IA va s’appuyer. Il peut s’agir de contrats, de rapports financiers, de documentation technique, de fiches produits, etc. La qualité et la pertinence de cette base de connaissances pour l’IA sont déterminantes pour la fiabilité du système final.
- Processus de vectorisation (embedding) : Les documents texte ne peuvent être traités directement par des algorithmes. Ils sont donc découpés en petits morceaux (chunks) qui sont ensuite transformés en représentations numériques (des vecteurs) par un modèle d’embedding. Chaque vecteur capture le sens sémantique du texte.
- Base de données vectorielle : Ces vecteurs sont stockés et indexés dans une base de données spécialisée. Lorsque l’utilisateur pose une question, celle-ci est également transformée en vecteur.
- Moteur de recherche sémantique : Le système recherche dans la base de données les vecteurs de documents qui sont les plus « proches » (similaires sémantiquement) du vecteur de la question. Ce ne sont pas les mots-clés qui comptent, mais le sens. C’est ce qui permet de trouver des passages pertinents même s’ils n’utilisent pas exactement les mêmes termes que la question. Des frameworks comme Open-RAG visent à améliorer les capacités de raisonnement au sein de ces architectures pour traiter des requêtes complexes.
Le rôle du LLM dans la synthèse et la citation des sources
Une fois que le moteur de recherche a extrait les extraits de documents les plus pertinents, la seconde phase du processus RAG, la génération, entre en jeu. Le rôle du grand modèle de langage est ici fondamentalement redéfini. Il ne s’agit plus pour lui d’inventer une réponse à partir de sa connaissance interne, mais d’agir comme un synthétiseur expert.
Le LLM reçoit une instruction précise qui contient à la fois la question originale de l’utilisateur et le contexte factuel fourni par les extraits récupérés. Sa mission est double :
- Synthétiser une réponse cohérente : Le modèle doit rédiger une réponse claire, fluide et en langage naturel qui répond directement à la question de l’utilisateur. Cette réponse doit être exclusivement basée sur les informations contenues dans les extraits fournis. Des recherches, comme celles présentées par l’ACM sur l’intégration de la récupération et de la structuration, explorent comment les LLM peuvent encore mieux exploiter ces données.
- Citer ses sources : Le système doit impérativement indiquer quels passages des documents sources ont été utilisés pour construire chaque partie de la réponse. Cette citation peut prendre la forme de notes de bas de page, de liens cliquables ou de références directes aux documents.
Cette capacité de citation est la clé de voûte de la confiance. Elle offre une transparence totale et permet à l’utilisateur de remonter à la source de l’information pour la valider ou approfondir le sujet. C’est ce mécanisme qui transforme un simple générateur de texte en une véritable IA qui peut vérifier ses sources, un outil fiable pour les professionnels.
Stratégies d’implémentation et d’intégration du mécanisme

Le déploiement d’une IA qui peut vérifier ses sources est un projet structuré qui requiert une méthodologie rigoureuse, depuis la préparation des données jusqu’à l’intégration dans les processus métiers. Une orchestration de l’IA efficace est nécessaire pour coordonner les différentes phases et technologies impliquées.
Phases du projet : de la sélection des données à la mise en production
Une feuille de route pragmatique pour le déploiement d’un système RAG s’articule généralement autour de plusieurs grandes étapes, assurant une montée en puissance progressive et contrôlée.
- Cadrage et sélection du cas d’usage : La première étape consiste à identifier un cas d’usage métier précis où la fiabilité de l’information est critique (par exemple, un assistant pour les équipes juridiques, un support technique pour les clients, un outil d’analyse de rapports pour les dirigeants).
- Constitution et préparation du corpus documentaire : Il s’agit de rassembler, nettoyer et structurer les documents qui formeront la base de connaissances. Un contrôle de la qualité des données de l’IA est crucial à ce stade pour éviter le principe du « garbage in, garbage out ».
- Choix de l’architecture technique : Cette phase implique la sélection des composants technologiques : la base de données vectorielle, le modèle d’embedding et le grand modèle de langage qui effectuera la synthèse. Des outils comme FlashRAG, présentés par l’ACM, offrent des boîtes à outils modulaires pour construire efficacement ces systèmes.
- Développement et prototypage : Un premier prototype est développé pour valider la pertinence des documents extraits et la qualité des réponses générées sur un sous-ensemble de questions.
- Tests et évaluation de performance : Le système est testé de manière approfondie pour mesurer sa précision, la pertinence de ses sources et sa robustesse face à des questions complexes ou ambiguës.
- Intégration et déploiement : Une fois validé, le système est intégré dans les applications métiers existantes (intranet, CRM, etc.) et déployé auprès des utilisateurs finaux.
- Maintenance et amélioration continue : Le système est surveillé, et des boucles de rétroaction utilisateur sont mises en place pour enrichir la base de connaissances et affiner les performances du modèle.
Pour naviguer ces étapes complexes, des entreprises se tournent vers des partenaires experts. À titre d’exemple, Algos propose des services de conseil stratégique en IA pour accompagner les décideurs dans la définition de leur feuille de route, garantissant que l’implémentation est alignée avec les objectifs métiers.
Critères de sélection des technologies et des modèles de langage
Le choix des briques technologiques est une décision stratégique qui influence directement la performance, le coût et la sécurité du système final. Plusieurs critères doivent être pris en compte pour arbitrer entre les différentes options disponibles sur le marché.
| Composant | Critère de sélection | Exemple d’arbitrage |
|---|---|---|
| Base de données vectorielle | Performance (vitesse de recherche), Scalabilité (gestion de grands volumes), Sécurité (contrôle d’accès), Coût (hébergement, licence) | Solution cloud managée (facilité de gestion) vs. Solution auto-hébergée (contrôle total, souveraineté) |
| Modèle d’embedding | Qualité de la représentation sémantique, Prise en charge multilingue, Taille du modèle (ressources de calcul nécessaires), Coût d’utilisation (API) | Modèles open source (flexibilité, pas de coût de licence) vs. Modèles propriétaires (performance de pointe, simplicité d’accès) |
| Grand Modèle de Langage (LLM) | Qualité de la synthèse, Capacité à suivre des instructions complexes (notamment pour citer les sources), Vitesse de génération, Coût par requête, Souveraineté des données | Utiliser une API d’un grand fournisseur (accès aux modèles les plus puissants) vs. Déployer un modèle open source sur une infrastructure dédiée (maîtrise des données) |
Ces arbitrages dépendent fortement du contexte de l’entreprise : ses exigences en matière de sécurité, son budget, ses compétences techniques internes et la criticité du cas d’usage. Il n’existe pas de solution unique, mais une combinaison optimale à définir pour chaque projet visant à construire une IA qui peut vérifier ses sources.
Gouvernance et évaluation continue de la fiabilité du système
Déployer une IA qui peut vérifier ses sources ne s’arrête pas à la mise en production. Pour maintenir la confiance sur le long terme, il est indispensable d’établir une gouvernance de l’IA robuste, incluant des indicateurs de performance clairs et des processus de validation humaine.
Indicateurs de performance pour mesurer l’exactitude du contenu
Évaluer la fiabilité d’un système RAG ne peut se faire de manière subjective. Il est nécessaire de définir et de suivre des indicateurs de performance (KPIs) quantitatifs qui mesurent les différentes facettes de sa qualité. L’évaluation de ces systèmes de récupération d’information est un domaine de recherche actif, comme le montrent certains travaux académiques sur le sujet.
Les principaux indicateurs à surveiller incluent :
- Fidélité de la réponse (Faithfulness) : Cet indicateur mesure à quel point la réponse générée est strictement basée sur les sources fournies. Une réponse qui contient des informations non présentes dans le contexte est considérée comme infidèle, même si elle est factuellement correcte.
- Pertinence de la récupération (Retrieval Relevance) : Il s’agit d’évaluer si les documents extraits par le moteur de recherche sont réellement pertinents pour répondre à la question posée. Un taux élevé de documents non pertinents (« bruit ») dégradera la qualité de la réponse finale.
- Précision des citations : Ce KPI vérifie que les citations fournies dans la réponse pointent bien vers les passages exacts des documents sources qui justifient l’affirmation.
- Taux de réponses non concluantes : Un bon système doit savoir dire « Je ne sais pas » lorsque l’information n’est pas présente dans sa base de connaissances. Cet indicateur mesure la capacité du système à éviter d’inventer une réponse en l’absence de sources.
Le suivi rigoureux de ces métriques permet d’objectiver la performance du système. Pour illustrer la finalité d’une telle approche, Algos s’appuie sur un mécanisme de validation itératif au sein de son CMLE Orchestrator, un processus qui permet de garantir contractuellement un taux d’hallucination inférieur à 1 % en s’assurant que chaque réponse est validée avant d’être présentée à l’utilisateur.
Mise en place d’un processus de validation et de correction humaine
Aucun système automatisé n’est infaillible. La complexité du langage, les ambiguïtés et l’évolution constante des connaissances rendent indispensable l’instauration d’une boucle de rétroaction humaine (human-in-the-loop). Ce processus garantit l’amélioration continue de la pertinence et de la fiabilité de l’IA.
Ce mécanisme de validation s’organise généralement autour des points suivants :
- Interface de feedback utilisateur : Les utilisateurs finaux doivent disposer d’un moyen simple (par exemple, un système de notation ou un bouton « pouce en l’air/bas ») pour évaluer la qualité de chaque réponse et signaler les éventuelles erreurs ou imprécisions.
- Revue par des experts métiers : Périodiquement, des experts du domaine (juristes, ingénieurs, etc.) examinent les réponses les plus critiques ou celles ayant reçu des évaluations négatives. Leur rôle est d’analyser la pertinence des sources et la justesse de la synthèse.
- Enrichissement de la base de connaissances : Les erreurs identifiées peuvent révéler des lacunes ou des ambiguïtés dans la documentation source. Le processus de validation doit donc être connecté à la gestion de la base de connaissances pour permettre sa correction et son enrichissement.
- Affinage du modèle (fine-tuning) : Les paires de (question, réponse correcte) validées par les experts peuvent être utilisées pour affiner périodiquement les modèles (le retriever ou le générateur), améliorant ainsi leur performance de manière ciblée.
Cette collaboration entre l’homme et la machine est la clé pour construire et maintenir une IA qui peut vérifier ses sources de manière durable. Elle assure que le système apprend de ses erreurs et s’adapte à l’évolution des besoins de l’entreprise, en s’appuyant sur des garde-fous pour LLM efficaces.
Limites actuelles et perspectives d’évolution pour la confiance IA
Bien que l’architecture RAG représente une avancée majeure pour construire une IA qui peut vérifier ses sources, elle n’est pas une solution miracle et présente ses propres défis. La recherche continue activement d’explorer des moyens de renforcer la fiabilité et les capacités de raisonnement critique des systèmes d’IA.
Les défis persistants : biais des sources et complexité du recoupement
Même avec une architecture RAG bien conçue, plusieurs défis subsistent et nécessitent une attention particulière. L’utilisation pratique de ces systèmes, par exemple pour soutenir l’apprentissage dans les MOOCs comme l’étudie l’initiative SCALE de Stanford, met en lumière ces limites.
- Le principe du « Garbage In, Garbage Out » : La fiabilité d’un système RAG est directement dépendante de la qualité de sa base de connaissances. Si les documents sources contiennent des erreurs, des informations obsolètes ou des biais, l’IA les reproduira fidèlement dans ses réponses.
- Gestion des informations contradictoires : Lorsque différentes sources fournissent des informations contradictoires sur un même sujet, un système RAG standard peut peiner à arbitrer. Il peut soit présenter les deux versions sans discernement, soit en privilégier une de manière arbitraire.
- Biais sociaux et culturels dans les données : Comme le souligne une recherche sur l’évaluation des biais sociaux dans les systèmes RAG, les biais présents dans les corpus documentaires peuvent être amplifiés par l’IA, posant des risques éthiques et de réputation.
- Compréhension du contexte subtil : Les nuances, l’ironie ou le contexte implicite présents dans un texte restent difficiles à interpréter pour une machine. Une IA peut extraire une phrase de son contexte et en altérer le sens original lors de la synthèse.
Ces défis soulignent que la construction d’une IA qui peut vérifier ses sources est autant un enjeu de gouvernance des données qu’un enjeu technologique.
Vers des modèles capables d’un raisonnement plus critique sur leurs sources
Pour surmonter ces limites, la communauté de recherche travaille sur des approches plus sophistiquées visant à doter les IA de capacités de raisonnement avancées. L’objectif est de passer d’une simple « récupération et synthèse » à une véritable « évaluation et argumentation » basée sur les sources.
Les axes d’évolution futurs incluent :
- Évaluation de la crédibilité des sources : Les futurs systèmes pourraient être capables d’évaluer la fiabilité d’une source en fonction de méta-données comme l’auteur, la date de publication ou le type de document, afin de pondérer les informations en conséquence.
- Détection et gestion des contradictions : Des modèles plus avancés pourraient identifier activement les contradictions entre plusieurs sources, les signaler à l’utilisateur et même tenter de les réconcilier ou d’expliquer les divergences.
- Raisonnement multi-étapes (multi-hop reasoning) : Pour répondre à des questions complexes, l’IA devra être capable de combiner des informations provenant de plusieurs documents différents en suivant une chaîne de raisonnement logique, une capacité au cœur de travaux de recherche menés au MIT CSAIL sur la factualité.
- Synthèse d’opinions divergentes : Au lieu de fournir une seule réponse, l’IA pourrait synthétiser différents points de vue sur un sujet en les attribuant clairement à leurs sources respectives, offrant une vision plus nuancée et complète.
En conclusion, la construction d’une IA qui peut vérifier ses sources est un cheminement continu vers plus de fiabilité et de transparence. L’approche RAG constitue aujourd’hui le standard le plus robuste pour les entreprises, mais la recherche continue de repousser les frontières pour créer des systèmes d’IA non seulement informés, mais véritablement intelligents et critiques vis-à-vis de leurs propres connaissances.


